"Adventures in Afropea"


ZAP MAMA Adventures in Afropea
Paru chez Crammed en 1991, le premier album de Zap Mama est devenu un véritable classique et a influencé de nombreux chanteurs, chanteuses et artistes à travers le monde. 

Fondé, conçu et dirigé par Marie Daulne, Zap Mama comprenait à l'époque cinq jeunes femmes qui, inspirées par leurs origines mixtes africaines/européennes, ainsi que par l'environnement cosmopolite de leur ville de Bruxelles, ont inventé un réjouissant répertoire a capella, qui s'inspire de la pop congolaise, de mélodies arabes ou sud-africaines, de 'human beat box' à la sauce afro-cubaine, de polyphonies pygmées, sans oublier des touches de gospel ou de musique médiévale espagnole.

La beauté et la fraîcheur de leurs harmonies vocales, couplées à l'humour et l'énergie de leur spectacle leur ont assuré un succès impressionnant à travers l'Europe, l'Amérique du Nord et le Japon. Le public a été conquis par leur son et leurs personnalités, par leurs démonstrations in vivo des pouvoirs quasi-magiques de la voix humaine. Mais également par le message implicite que transmettait le groupe: Zap Mama semblait incarner et glorifier les vertus du mélange culturel joyeux, décomplexé et imaginatif. Et traçait sans en avoir l'air les contours de ce que pourrait être une "identité" résultant d'une histoire personnelle et collective, transcontinentale, qui a si souvent été sinueuse et difficile mais qui peut être assumée avec fierté et dans un esprit constructif.

Ce message semble toujours aussi pertinent aujourd'hui: le terme "Afropea" (inventé par Marie Daulne avec David Byrne, à l'occasion de la réédition de cet album aux USA sur Luaka Bop, le label de Byrne, auquel Crammed avait confié la distribution nord-américaine) semble connaître un regain de popularité, quelques 28 ans après sa création. Il a notamment été adopté par l'écrivain britannique Johny Pitts, qui vient de publier un livre intitulé Afropean: Notes from Black Europe. Il y explique, en préambule, que ce terme a été le point de départ d'une réflexion qui lui a permis de réorienter sa perception de sa propre identité en tant qu'Européen noir (voir ci-dessous son texte à propos de Zap Mama, écrit à l'occasion de la présente réédition).

En 1991, Zap Mama comprenait Sabine Kabongo, Sylvie Nawasadio, Cecilia Kankonda, Céline 'tHooft et Marie Daulne, la fondatrice, conceptrice et compositrice principale du groupe. L'album a été enregistré à Bruxelles, dans le studio maison de Crammed Discs. Entièrement a capella — à l'exclusion de quelques petites percussions — ce premier album a été réalisé par Vincent Kenis (bien connu pour son travail avec Konono N°1, Kasai Allstars, Staff Benda Bilili, Taraf de Haïdouks, sans oublier Aksak Maboul), et co-réalisé par Fanchon Nuyens (ex-membre du groupe, et ex-chanteuse et bassiste du groupe de rock bruxellois Des Airs). Soit dit en passant: la convergence entre les démarches respectives de Zap Mama et de Crammed était si évidente que les deux entités étaient appelées à collaborer fructueusement…

Zap Mama/Adventures in Afropea
est devenu l'un des best-sellers de l'histoire du label. Il a obtenu une nomination aux Grammy Awards et a figuré en tête des charts world aux USA. Zap Mama ont enregistré et publié un 2e album chez Crammed en 1994. Marie Daulne a ensuite continué l'aventure en solo, enregistrant six albums en poursuivant sa trajectoire transculturelle, toujours attachée à jeter des ponts entre l'Europe, l'Amérique et l'Afrique postcoloniale.


L'écrivain Johny Pitts à propos de Zap Mama/Adventures in Afropea:

Afropea : plus qu'un mot-valise, un mot-sésame, un portail. Le franchir via la musique de Zap Mama nous conduit dans un espace liminal, trop souvent invisible, au sein duquel les lignes séparant l'Afrique et l'Europe, le noir et le blanc, l'Ouest et le Sud sont et ont toujours été brouillées.

Lorsque Marie Daulne a émergé durant le premier boom des "musiques du monde", vers la fin du 20e siècle, elle a été adoptée par un monde occidental qui se voyait comme le centre heureux de la planète. Le communisme et le Mur de Berlin s'étaient effondrés, les voyages autour du globe étaient devenus très accessibles. La Génération X, ayant hérité de la richesse coloniale et de l'hégémonie, avait donné naissance à une culture du backpacking (voyages avec sac à dos) qui contemplait le reste du monde avec optimisme et, souvent, avec naïveté. Cette interconnectivité était asymétrique, biaisée.

Le projet Zap Mama était toutefois bien plus profond qu'une célébration un peu niaise de la rencontre avec les cultures du monde. Plutôt un examen de la situation, tantôt dérangeant et discordant, tantôt euphorique et enthousiaste. Les mélodies sont souvent calmes et apaisantes, les harmonies polyphoniques parfois chaotiques et complexes. Mais la musique est toujours transcendante.

A la première écoute de Zap Mama, j'ai perçu l'affirmation confiante d'une africanité européenne qui, à aucun moment dans le futur, n'allait "rentrer chez elle". Une attitude à la fois respectueuse de traditions et d'influences multiples, et n'hésitant pas à expérimenter de nouvelles formes de fusion tournées vers l'avenir. Pour la première fois de ma vie, je me sentais encouragé —en tant qu'Européen noir — à me penser en tant que personne complète, doté d'une identité dépourvue de trait d'union. J'ai ressenti fortement que ces enregistrements contenaient, encodée en filigrane, une carte de l'Europe rarement exhibée dans la narration officielle du continent. 

Lors de ses tournées européennes avec Talking Heads au début des années 90, David Byrne avait été surpris par ce qu'il a qualifié de 'colonisation à rebours' en train de se déployer. Lorsque l'album de Zap Mama lui a ensuite été présenté, il a reconnu le groupe comme l'une des manifestations les plus cohérentes et les plus originales de la maturation d'une nouvelle génération postcoloniale, et a souhaité rééditer le disque aux USA. 

Zap Mama a fait exister par le chant cette topographie imaginaire qu'est 'Afropea', mais cela ne signifie pas que ce paysage n'est pas enraciné dans la réalité d'une géographie européenne Noire. Le groupe est né à Matongé, ce quartier congolais de Bruxelles dans lequel Marie Daulne a grandi. Mais il parle tout autant d'expériences vécues, alors comme maintenant, à Peckham (Londres), Rinkeby (Stockholm), Château Rouge (Paris), Le Panier (Marseille) et tant d'autres zones qui, pour citer Frantz Fanon, ont été "tissées de mille détails, anecdotes et récits" dans la mythologie de l'Europe.

A cette ère de l'information, où abondent tant de commentaires sociaux qui s'expriment fort et en disent si peu, la musique de Zap Mama crée un dialogue vivant et respirant, plein d'humour, d'abstraction et de beauté, qui suggère la coexistence et l'échange, invoque des possibilités et insiste sur le pluralisme. C'est une oeuvre qui, à une époque où règne la division, est plus urgente et essentielle que jamais.

Johny Pitts, auteur de Afropean: Notes from Black Europe





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